Théo Fischer ou un Alsacien dans le Paris « libre »

Dernier ajout : 18 mai 2009.

Retrouvé au hasard d’un déménagement, ce vieux manuscrit, poussiéreux comme il se doit, a été retranscrit tant bien que mal. De fait, il manque certains passages, l’archéologue agréé MacIntosh n’ayant pu décrypter une calligraphie souvent évanescente. Comme en hommage au XIXe siècle, il a néanmoins décidé de le diffuser sous forme de feuilleton mais via Internet, postmodernité oblige.

Première partie

La veille du scrutin du 26 mars, d’où va émerger la Commune, le Comité central de la Fédération de la Garde nationale adresse aux Parisiens ce conseil : « Ne perdez pas de vue que les hommes qui vous serviront le mieux sont ceux que vous choisissez parmi vous, vivant de votre propre vie, souffrant des mêmes maux. Défiez-vous autant des ambitieux que des parvenus ; les uns comme les autres ne consultent que leur propre intérêt et finissent toujours par se considérer comme indispensables […] . Nous sommes convaincus que, si vous tenez compte de ces observations, vous aurez enfin inauguré la véritable représentation populaire, vous aurez trouvé des mandataires qui ne se considéreront jamais comme vos maîtres. »

Deuxième partie

Nous sommes en 1873 voire 1874. Le typographe, boxeur-français et franc-tireur Théo Fischer, originaire de Mulhouse, a été condamné à la déportation simple sur l’île des Pins, en Nouvelle-Calédonie, pour sa participation à la Commune. Il est sans nouvelles de sa femme, Madeleine, et de son fils, Alexandre, né le 21 mai 1871, le jour de l’entrée des troupes versaillaises dans le Paris libre.
En soudoyant les gardes-chiourmes, il s’est procuré de quoi écrire et entreprend de faire le récit de ce qu’il a été pour lui la Commune de Paris à son fils ainsi qu’à son presque-frère, François Oberfeld, déserteur de la force expéditionnaire française au Mexique, et qui vit désormais au Brésil.
À ce stade du récit, nous sommes le 18 mars 1871. Théo habite avec Madeleine rue du Château-des-Rentiers, dans le XIIIe arrondissement, dans l’appartement de sa grand-tante, Germaine, qui a été assassinée en décembre, vraisemblablement par des voyous à la solde des inspecteurs Gautier et Mattei, qui harcèlent le couple depuis août 1870.
Madeleine a annoncé à Théo qu’elle était enceinte le soir même de l’insurrection du 31 octobre. Par l’entremise du musicologue Francisco Salvador Daniel, Théo a fait la connaissance de son demi-frère algérien, Joseph, un spahi blessé en Alsace, et qui vit avec l’infirmière qui lui a sauvé la jambe droite, Nathalie.
Le gouvernement de Défense nationale a signé un armistice avec Bismarck le 26 janvier. Paris réagit à la trahison. Craignant un coup d’État monarchiste, la Garde nationale s’est fédérée dès le 15 février. Paris connaît une vague de manifestations sans précédent, le général Vinoy peine à rétablir « l’ordre ». Avec Thiers, il entreprend au petit matin du 18 mars de reprendre aux Parisiens les canons qu’ils ont payés à force de sacrifices sous le Siège…

Troisième partie

Nous sommes vraisemblablement fin 1874. Le typographe, boxeur-français et franc-tireur Théo Fischer, originaire de Mulhouse, a été condamné à la déportation simple sur l’île des Pins, en Nouvelle-Calédonie, pour sa participation à la Commune.
En soudoyant les gardes-chiourmes, il s’est procuré de quoi écrire et entreprend de faire le récit de ce qu’il a été pour lui la Commune de Paris à son fils ainsi qu’à son presque-frère, François Oberfeld, déserteur de la force expéditionnaire française au Mexique, et qui vit désormais au Brésil.
Par l’intermédiaire du docteur Rastoul, Théo vient de recevoir, après toutes ces années, une lettre de son ami journaliste et franc-tireur Yves qui lui apprend que sa femme, Madeleine, et son fils, Alexandre, qu’il n’avait pas revus depuis le 21 mai 1871, le jour de l’entrée des troupes versaillaises dans le Paris libre, ont échappé aux massacres et vivent à Londres, avec Nathalie, la veuve de Joseph, le demi-frère algérien de Théo, mort au fort d’Issy. Infirmière de son état, Nathalie a donné naissance à une petite Louise.
Avec son ami charpentier, Alfred, Théo semble rêver à quelque projet d’évasion… Quoi qu’il en soit, à ce stade du récit de Théo, nous sommes le 28 mars 1871. Paris en liesse vient d’acclamer ses élus à la Commune. Théo habite avec Madeleine rue du Château-des-Rentiers, dans le XIIIe arrondissement, dans l’appartement de sa grand-tante, Germaine, qui a été assassinée en décembre 1870 par « Oreille-Cassée » et ses hommes. Lesquels seraient à la solde de l’inspecteur Gautier, endetté par le jeu. Théo a appris qu’ »Oreille-Cassée » serait bel et bien à la recherche d’un trésor caché par Germaine…
Durant la folle semaine du 18 au 28 mars, Théo a été nommé secrétaire de rédaction au « Journal officiel ». Il a fait la connaissance du rédacteur en chef, Charles Longuet, futur gendre de Karl Marx, et a, sans le savoir, dit au revoir mais peut-être pas adieu à Élisée Reclus. Après une escapade à Versailles, Joseph a été muté à l’état-major de Duval, qui travaille à l’organisation d’une armée révolutionnaire parisienne. Théo nous explique pourquoi il poursuit son récit, dont il intitule mystérieusement la partie qui suit : « le temps des rourises »…
« Rourises », c’est ainsi que son neveu de 4 ans, Antoine, appelait les cerises. Le petit a été assassiné par un gendarme sur la barricade de la rue des Trois-Bornes…